Catherine Bedel : ses inspirations et ses coups de cœur
Décoratrice et architecte d’intérieur française, Catherine Bedel développe avec sa fille Kelly une écriture fondée sur l’éclectisme, la couleur et le dialogue entre les époques. Ensemble, elles signent sous le nom Bedel Design — également présenté comme Bedel Interiors — des résidences à Paris, dans les Alpes, à Genève ou encore à Marrakech.
Derrière la sophistication de leurs réalisations se trouve une conviction simple : un intérieur réussi ne doit pas ressembler à un décor figé. Il doit raconter ceux qui l’habitent, accueillir leurs souvenirs et laisser une place aux objets choisis avec le temps.
Un intérieur doit avoir une âme
Chez Catherine Bedel, l’architecture intérieure ne se limite pas à organiser des volumes ou à coordonner des matières. Elle sert de cadre à une histoire personnelle.
Ses projets associent volontiers une pièce de designer, une création contemporaine, une œuvre d’art et un objet chiné. L’ensemble ne cherche pas l’uniformité. Il repose au contraire sur des rapprochements parfois inattendus, mais toujours équilibrés.
Cette liberté explique la singularité de son univers. Un fauteuil scandinave peut rencontrer un vase d’artiste, une pièce en osier dialoguer avec un meuble sculptural, tandis qu’une applique contemporaine vient réveiller une architecture classique. Chaque objet apporte sa présence sans effacer les autres.
Catherine Bedel préfère ainsi les intérieurs constitués par strates aux compositions trop démonstratives. Le luxe ne réside pas dans l’accumulation de signes extérieurs, mais dans la qualité des matières, la justesse des proportions et la personnalité des choix.
Paris comme première source d’inspiration
L’univers de Catherine Bedel demeure profondément parisien. Son goût pour les appartements anciens, leurs volumes généreux, leurs perspectives et leurs longues circulations nourrit une approche où l’architecture existante reste toujours perceptible.
Dans son propre appartement de Saint-Germain-des-Prés, publié en 2015, les codes haussmanniens étaient moins traités comme une contrainte que comme un terrain d’expression. Les murs devenaient des cimaises, les couloirs accueillaient des photographies personnelles et les pièces de réception mêlaient mobilier vintage, objets d’art et créations contemporaines.
Cette manière d’habiter Paris révèle un principe essentiel de son travail : ne pas effacer l’histoire d’un lieu, mais lui offrir une nouvelle vie.
Le patrimoine architectural constitue un point de départ. La décoration apporte ensuite le rythme, la couleur et l’émotion.
Le noir, le grège et les couleurs de la nature
Catherine Bedel utilise la couleur comme une matière architecturale.
Le noir occupe une place particulière dans son vocabulaire. Il structure une bibliothèque, souligne la silhouette d’une table ou donne davantage de présence à un objet. Associé au grège, au bois, au béton ou aux fibres naturelles, il devient chaleureux plutôt que sévère.
Cette base intemporelle n’exclut jamais les couleurs plus affirmées. Les verts, les bleus profonds, le turquoise, les tonalités terreuses ou épicées apparaissent selon le lieu et son environnement.
Dans une résidence proche du jardin du Luxembourg, la présence du végétal se prolonge à l’intérieur par différentes nuances de vert. À Marrakech, la palette imaginée pour la villa Dar Kemgia puise dans les couleurs de la terre, des épices et des marchés marocains : ocre, cumin, cannelle, paprika, safran et vert intense.
La couleur ne vient donc pas simplement habiller les pièces. Elle crée une continuité entre l’architecture, le paysage et l’expérience du lieu.
Ses designers et créateurs de prédilection
Les intérieurs de Catherine Bedel témoignent d’une curiosité qui dépasse les catégories et les périodes.
Parmi les présences les plus révélatrices figurent Garouste et Bonetti. Leur mobilier à la fois sculptural, libre et nourri de références historiques correspond parfaitement à son goût pour les objets dotés d’une forte identité.
Le design scandinave tient également une place importante, notamment à travers les sièges de Finn Juhl. Leurs lignes organiques et leur élégance discrète apportent une forme de modernité chaleureuse.
Les créations en rotin et en osier de Franco Albini illustrent un autre de ses centres d’intérêt : le contraste entre légèreté visuelle, savoir-faire artisanal et radicalité de la forme.
Son univers accueille aussi les céramiques et sculptures de Georges Jouve, les vases d’Olivier Gagnère ou de Vincent Collin, les bronzes de Louis Cane, les luminaires de Stéphane Ducatteau et les pièces en verre de Murano.
À ces signatures reconnues s’ajoutent des trouvailles anonymes, des objets rapportés de voyage et du mobilier dessiné sur mesure. Cette absence de hiérarchie rigide entre les pièces constitue sans doute l’un des aspects les plus attachants de son regard.
L’art comme présence quotidienne
Dans les réalisations de Catherine Bedel, l’art ne semble jamais ajouté pour terminer une décoration. Il participe dès le départ à l’identité du lieu.
Photographies personnelles, sculptures, céramiques et tableaux accompagnent la vie quotidienne. Une œuvre de Niki de Saint Phalle peut côtoyer une pièce artisanale, tandis qu’un ensemble de photos familiales transforme un couloir en récit intime.
Cette approche privilégie le lien émotionnel. La valeur d’un objet ne dépend pas uniquement de son auteur ou de son époque, mais de la relation qu’il entretient avec le propriétaire et avec les autres éléments de la pièce.
C’est précisément ce mélange entre culture du design et attachement personnel qui donne aux intérieurs de Bedel Design leur profondeur.
La matière, entre force et sensualité
Bois, pierre, marbre, métal, corde, plâtre, rotin et textiles composent une palette volontairement tactile.
Catherine et Kelly Bedel aiment opposer les densités : une pierre monumentale peut être adoucie par un textile enveloppant ; un meuble en métal trouve son équilibre auprès d’une fibre naturelle ; une surface brute est réveillée par un objet précieux.
Dans la villa Dar Kemgia, les matériaux et techniques marocains — pisé, tadelakt, dess ou plafond en tataoui — sont intégrés dans une architecture contemporaine sans devenir folkloriques. Le geste artisanal reste visible, mais il est inscrit dans une composition épurée.
Cette attention portée à la matière permet de produire des intérieurs sophistiqués qui demeurent accueillants.
Des lieux conçus pour être vécus
Au-delà de l’esthétique, Catherine Bedel défend une décoration attentive aux usages.
Son rôle consiste moins à imposer une signature immédiatement reconnaissable qu’à révéler les goûts, les habitudes et les aspirations de ses clients. L’architecture, le mobilier, les luminaires, les textiles et jusqu’aux objets de table participent alors à une vision globale.
Un projet peut être spectaculaire par ses volumes ou la noblesse de ses matériaux, mais il doit avant tout conserver une dimension familière. Les assises invitent à s’installer, les objets évoquent un souvenir et les œuvres accompagnent la vie plutôt qu’elles ne la mettent à distance.
Les coups de cœur de Catherine Bedel
À travers ses intérieurs publiés, plusieurs familles de pièces semblent traverser durablement son univers :
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le mobilier sculptural de Garouste et Bonetti ;
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les fauteuils organiques de Finn Juhl ;
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les créations en rotin de Franco Albini ;
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les céramiques noires et les sculptures de Georges Jouve ;
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les vases aux formes généreuses d’Olivier Gagnère et de Vincent Collin ;
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les objets en bronze et les luminaires expressifs ;
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le verre de Murano ;
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les pièces anonymes chinées aux Puces ;
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les objets surdimensionnés ;
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les œuvres, photographies et souvenirs personnels.
Plus qu’une liste de signatures, ces choix dessinent une sensibilité : celle d’une décoratrice attirée par les formes fortes, la main de l’artisan et les objets capables de traverser les modes.
Catherine et Kelly Bedel : une vision partagée
La collaboration entre Catherine et Kelly Bedel inscrit aujourd’hui cette sensibilité dans une pratique internationale.
Le duo mère-fille intervient sur des appartements parisiens, des chalets alpins et de grandes résidences à l’étranger. Chaque projet répond à son environnement, mais conserve plusieurs constantes : la recherche de lumière, le travail des volumes, une palette chromatique construite et une sélection de mobilier qui associe design historique, création contemporaine et pièces sur mesure.
Cette complémentarité donne à Bedel Design une identité cohérente sans produire des intérieurs répétitifs. La signature du studio ne repose pas sur une formule, mais sur une manière de regarder les lieux.
Pourquoi l’univers de Catherine Bedel nous inspire
Catherine Bedel rappelle qu’un intérieur élégant n’a pas besoin d’être uniforme.
Son travail célèbre la liberté d’associer les périodes, les matières et les provenances. Il montre aussi qu’une pièce vintage peut apporter bien davantage qu’une note décorative : elle introduit une histoire, une texture et une présence qu’un aménagement entièrement neuf peine parfois à offrir.
À l’heure où les images d’intérieurs tendent à se ressembler, son éclectisme constitue une invitation salutaire à choisir moins par tendance que par émotion.
Une philosophie qui résonne naturellement avec Aftersell : prolonger la vie des objets, favoriser les rencontres inattendues et permettre à chaque pièce singulière de trouver le décor dans lequel son histoire pourra continuer.




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