TENDANCES : Le retour du Mobilier en Bambou

TENDANCES : Le retour du Mobilier en Bambou

Le retour du mobilier en bambou italien : Vivai del Sud, Dal Vera et l’influence japonisante

Naturel, graphique et étonnamment sophistiqué, le mobilier en bambou fait son retour dans les intérieurs contemporains. Après avoir longtemps été associé aux jardins d’hiver, aux vérandas et aux résidences de bord de mer, il séduit aujourd’hui les décorateurs et les collectionneurs par sa capacité à créer des atmosphères chaleureuses, libres et singulières.

Cette redécouverte remet en lumière les créations italiennes des années 1960 et 1970, notamment celles de Vivai del Sud et de Dal Vera. Mais elle invite également à remonter plus loin dans le temps, jusqu’au mobilier anglais japonisant de la fin du XIXe siècle, lorsque le bambou et les décors d’Extrême-Orient transformèrent profondément les arts décoratifs européens.

Pourquoi le mobilier en bambou revient-il dans nos intérieurs ?

Le succès actuel du mobilier en bambou ne relève pas seulement d’un retour de mode. Il répond à une évolution plus profonde de nos goûts.

Les intérieurs excessivement lisses et uniformes laissent progressivement place à des décors plus personnels. Les matières naturelles, les objets patinés et les pièces anciennes y apportent une présence que les productions standardisées reproduisent difficilement.

Le bambou possède précisément cette qualité. Ses nœuds, ses variations de couleur et ses irrégularités donnent du rythme au meuble. Sa structure peut être légère sans paraître fragile, décorative sans devenir ostentatoire. Il s’accorde aussi bien avec une architecture contemporaine qu’avec des matériaux plus classiques comme le marbre, le laiton, le verre ou les bois sombres.

Une commode en bambou italien peut ainsi réveiller une chambre très épurée. Une bibliothèque japonisante devient une pièce sculpturale dans un salon. Une paire de fauteuils en rotin apporte immédiatement une sensation d’évasion et de décontraction.

Cette polyvalence explique pourquoi les décorateurs se réapproprient aujourd’hui ce mobilier.

Bambou, rotin et canne : des appellations à distinguer

Dans le commerce du mobilier ancien, le terme « bambou » est fréquemment utilisé de manière générique. Pourtant, toutes les pièces présentées comme telles ne sont pas nécessairement fabriquées en véritable bambou.

Le bambou est une graminée dont les tiges creuses présentent des nœuds très caractéristiques. Le rotin provient quant à lui d’un palmier grimpant. Plus souple, il peut être chauffé, cintré et assemblé pour produire des structures courbes. La canne désigne couramment certaines parties du rotin utilisées entières ou fendues, tandis que la fibre est employée pour le tressage.

Certains meubles européens de la fin du XIXe siècle utilisent également du bois tourné, teinté ou pyrogravé pour imiter l’apparence du bambou.

Identifier précisément la matière demande donc d’observer les extrémités des tiges, leur section, leur régularité, les assemblages et les éventuelles traces de cintrage. Cette distinction est importante pour établir une description sérieuse, mais elle n’enlève rien à l’intérêt esthétique ou historique du meuble.

Vivai del Sud : le rêve méditerranéen des années 1970

Vivai del Sud occupe une place particulière dans l’histoire du mobilier italien de la seconde moitié du XXe siècle.

Développée à Rome par les frères Piero, Giorgio et Gianfranco Di Pierri, l’entreprise s’est d’abord consacrée à l’architecture paysagère, à la création de jardins et à la restauration de parcs. Dans les années 1970, son univers s’étend à la décoration intérieure et au mobilier.

Cette origine paysagère est essentielle pour comprendre son langage. Vivai del Sud ne considère pas la nature comme un simple motif décoratif : elle cherche à la faire entrer dans la maison.

Bambou, canne, osier et fibres naturelles se mêlent alors au laiton, au verre, au cristal et à des tissus généreux. Les formes végétales, les palmes, les feuillages et les références aux civilisations méditerranéennes composent des décors éloignés du minimalisme alors dominant dans une partie du design italien.

Les créations de Vivai del Sud évoquent les villas romaines, les jardins luxuriants, les patios baignés de soleil et l’opulence décontractée des grandes maisons de villégiature. Consoles, fauteuils, tables, miroirs et luminaires deviennent les éléments d’une véritable mise en scène intérieure.

Aujourd’hui, ces meubles retrouvent une forte actualité. Leur caractère expressif correspond au désir contemporain de créer des espaces moins conventionnels, dans lesquels les époques, les matières et les provenances peuvent dialoguer librement.

Dal Vera : une tradition industrielle italienne fondée sur la matière

L’histoire de Dal Vera est différente, mais tout aussi importante.

Fondée à Conegliano, en Vénétie, à la fin du XIXe siècle, l’entreprise s’est spécialisée dans le travail du jonc, du rotin et du bois courbé. Elle appartient ainsi à une longue tradition italienne associant savoir-faire artisanal et capacité industrielle.

Au cours du XXe siècle, Dal Vera a produit une grande diversité de sièges et de meubles légers destinés aux maisons, aux hôtels et aux lieux de villégiature. Certaines créations privilégient le tressage et les lignes organiques ; d’autres associent la canne, le bois, le métal ou le cuir dans un vocabulaire plus moderniste.

La maison est notamment liée à la chaise 860 de 1967, retenue par Charlotte Perriand pour l’aménagement des Arcs en 1969. Cette assise fonctionnelle, légère et empilable témoigne d’une production Dal Vera qui ne peut pas être réduite au seul registre exotique ou décoratif.

Les meubles vintage plus directement associés à l’univers du bambou séduisent quant à eux par leurs proportions généreuses, leurs façades rythmées et leurs tonalités dorées. Commodes, chevets, miroirs, étagères et assises trouvent facilement leur place dans les intérieurs actuels.

Dal Vera présente également un intérêt particulier pour les amateurs de mobilier durable. La relance contemporaine de certains modèles historiques et la mise en avant de solutions de réparation prolongent une histoire commencée en 1884. Le meuble n’est plus considéré comme un produit passager, mais comme un objet susceptible d’être conservé et transmis.

Vivai del Sud et Dal Vera : deux visions du mobilier naturel italien

Les deux maisons sont souvent rapprochées sur le marché vintage, mais leurs identités ne se confondent pas.

Vivai del Sud développe un univers décoratif spectaculaire, lié au paysage, à la Méditerranée et à l’aménagement global de demeures d’exception. Le mobilier participe à une atmosphère abondante, théâtrale et solaire.

Dal Vera s’inscrit davantage dans une tradition manufacturière. Son catalogue traverse plusieurs styles et plusieurs générations, avec une attention particulière portée à la fonctionnalité, au travail du rotin, du jonc et du bois courbé.

Cette différence explique pourquoi une attribution ne doit jamais reposer uniquement sur une ressemblance générale. Une structure en canne, une teinte miel ou un tressage élaboré ne suffisent pas à identifier un fabricant.

Pour attribuer sérieusement une pièce, il faut rechercher une étiquette, un marquage, une référence de catalogue, une provenance ou une correspondance exacte avec un modèle documenté.

Le mobilier japonisant anglais vers 1880

Le goût européen pour le Japon se développe considérablement durant la seconde moitié du XIXe siècle, après l’ouverture progressive du pays aux échanges avec l’Occident. Artistes, architectes et décorateurs découvrent alors les estampes, les céramiques, les laques et une conception très différente de l’espace et de l’ornement.

En Grande-Bretagne, cette fascination nourrit le japonisme et l’Aesthetic Movement. Le mobilier adopte des lignes plus légères, des structures ajourées, des compositions asymétriques et des décors inspirés de la faune et de la flore d’Extrême-Orient.

Le bambou, ou le bois travaillé pour en reproduire l’apparence, devient particulièrement apprécié. Il permet de créer des étagères, des tables, des cabinets, des meubles à musique et des bureaux qui tranchent avec la lourdeur de certains meubles victoriens.

Ces créations ne sont généralement pas des meubles japonais au sens strict. Elles correspondent plutôt à une interprétation occidentale du Japon et, plus largement, d’un Extrême-Orient alors souvent imaginé à travers des objets importés et des recueils illustrés.

Un bureau anglais en bambou à décor d’Extrême-Orient

Le bureau anglais vers 1880 présenté ici constitue une belle illustration de ce goût japonisant.

Sa silhouette associe une structure légère évoquant les tiges de bambou à un plateau rectangulaire et à une organisation asymétrique des rangements. Deux tiroirs prennent place sous le plateau tandis qu’une série de tiroirs latéraux forme un caisson compact. Les pieds courbes et les traverses renforcent son allure graphique.

Les façades sombres sont animées de motifs floraux aux tonalités dorées et rouge-orangé. Les poignées métalliques, découpées comme de petites ferrures décoratives, participent au vocabulaire exotique du meuble. Le contraste entre le brun profond des panneaux et la teinte ambrée de la structure lui donne une présence particulièrement raffinée.

Ce bureau est représentatif de la manière dont les ateliers britanniques de l’époque victorienne ont interprété les arts d’Extrême-Orient. La nature y est stylisée, l’asymétrie devient décorative et la structure elle-même participe à l’ornement.

En l’absence d’une marque, d’une étiquette ou d’une documentation ancienne, il convient toutefois de rester prudent quant à son fabricant. L’appellation la plus rigoureuse serait :

Bureau japonisant anglais en bambou ou bois imitant le bambou, à panneaux décorés dans le goût de l’Extrême-Orient, époque victorienne, vers 1880.

Cette formulation permet de situer précisément l’objet sans lui attribuer une origine ou un créateur qui ne seraient pas documentés.

Comment intégrer un meuble en bambou ancien aujourd’hui ?

Le mobilier en bambou n’impose pas nécessairement un décor entièrement exotique. Une seule pièce forte suffit souvent à transformer une pièce.

Un bureau japonisant peut être placé devant un mur à la chaux, accompagné d’une lampe contemporaine très simple. Une bibliothèque en bambou dialogue naturellement avec des livres d’art, des céramiques et quelques objets choisis. Une commode italienne des années 1970 peut être associée à un miroir moderniste ou à une œuvre abstraite.

Pour éviter un effet trop thématique, il est préférable de limiter les références tropicales et de jouer sur les contrastes :

  • associer le bambou au béton ciré ou à la pierre ;

  • confronter une pièce ancienne à un éclairage contemporain ;

  • privilégier des textiles unis et naturels ;

  • laisser suffisamment d’espace autour du meuble ;

  • mélanger les époques sans multiplier les motifs exotiques.

Le bambou prend alors une dimension architecturale. Ses lignes dessinent l’espace et ses nuances réchauffent les matières plus minérales.

Que faut-il vérifier avant d’acheter un meuble en bambou vintage ?

L’état de conservation doit être observé avec attention. Les fentes superficielles sont fréquentes sur les tiges anciennes, mais une rupture au niveau d’un assemblage peut fragiliser toute la structure.

Il faut notamment examiner :

  • la stabilité générale du meuble ;

  • les ligatures et les points d’assemblage ;

  • les extrémités des tiges ;

  • les anciennes restaurations ;

  • les traces d’insectes xylophages sur les parties en bois ;

  • l’état des panneaux décorés ou laqués ;

  • la présence d’une étiquette ou d’une marque ;

  • la qualité et l’ancienneté apparente des ferrures.

Une patine régulière, de petites variations de couleur et quelques marques d’usage ne constituent pas nécessairement des défauts. Elles peuvent au contraire témoigner de l’âge et de l’authenticité du meuble.

Pourquoi ces meubles ont-ils encore quelque chose à nous dire ?

Du japonisme anglais des années 1880 aux créations italiennes de Vivai del Sud et Dal Vera, le mobilier en bambou raconte plusieurs histoires à la fois : celle de la circulation des formes, de la fascination pour des cultures lointaines et de la recherche constante d’un lien entre la maison et la nature.

Son retour actuel n’est donc pas un simple effet de mode. Il traduit notre envie de vivre avec des meubles expressifs, réparables et capables de traverser les époques.

Chaque pièce ancienne porte les traces d’un geste, d’un usage et d’un imaginaire. C’est précisément ce qui lui permet de trouver une nouvelle place dans les intérieurs d’aujourd’hui.

Questions fréquentes sur le mobilier en bambou

Quelle est la différence entre le bambou et le rotin ?

Le bambou est une tige naturellement creuse et rigide, reconnaissable à ses nœuds. Le rotin est issu d’un palmier grimpant : il est plein, plus souple et peut être cintré après chauffage.

Comment reconnaître un meuble Vivai del Sud ?

Une étiquette, une facture ancienne, une provenance ou la correspondance exacte avec un modèle documenté restent les meilleurs éléments d’identification. Le style seul ne permet pas une attribution certaine.

Tous les meubles vintage en bambou sont-ils italiens ?

Non. La France, l’Angleterre et plusieurs pays asiatiques ont produit du mobilier en bambou, en rotin ou en bois imitant le bambou à différentes périodes.

Qu’est-ce qu’un meuble japonisant ?

Il s’agit d’un meuble occidental influencé par les arts du Japon. Les créations japonisantes du XIXe siècle utilisent fréquemment l’asymétrie, les structures ajourées et des motifs de fleurs, d’oiseaux ou de paysages.

Le mobilier en bambou est-il fragile ?

Un meuble ancien bien construit peut rester parfaitement fonctionnel. Sa solidité dépend surtout de l’état des assemblages, des ligatures et des tiges. Une vérification attentive est indispensable avant l’achat.

En lire plus

Catherine Bedel - Ses inspirations et ses coups de cœur

Laisser un commentaire

Ce site est protégé par hCaptcha, et la Politique de confidentialité et les Conditions de service de hCaptcha s’appliquent.